VOCC kèskeucé ?

Un VOCC (il n’y a que moi qui utilise cet acronyme, et encore, je ne l’avais jamais fait avant de préparer cet article), c’est un Voyage Organisé en Camping-Car. Dans le milieu camping-cariste, on dit plutôt « un voyage » tout court, mais je sais que vous n’êtes pas tous de ce milieu, personne n’est parfait. Dit comme ça, on peut croire que c’est simple, mais nous avons lu tellement de bêtises sur divers suports que finalement, j’ai décidé de vous expliquer ça.

Nous pratiquons le camping-car depuis 32 ans, le plus souvent pour des voyages un peu longs (nous partons rarement pour moins de 10 jours, en général au moins un mois) à orientation touristique (visites, randos, …) et nous restons rarement plus de 3 jours au même endroit. Nous avons fait la plupart de tout ça seuls ou accompagnés d’un couple de proches. Mais depuis 2010, nous avons fait un certain nombre de voyages organisés en groupe, dont deux du côté organisation/accompagnement. Nous étions ce printemps « clients » dans un voyage au Maroc organisé par Cap Latitude, nous étions en septembre 2019 en Sardaigne avec un couple d’amis, nous étions en 2018 représentants de la FFCC sur le Paris-Pékin-Istambul, et en 2017, nous avons fait un tour de l’Allemagne (presque) tous seuls ; ceci pour dire que nous pratiquons un peu tout et que chacun de nos choix est dicté par les envies du moment parce que chaque formule a ses avantages et inconvénients.

D’abord, un VOCC, ça peut surprendre, mais c’est un voyage organisé. C’est à dire que ça se déroule (sauf exception, suivez mon regard vers les chapitres précédents) en suivant au cordeau une organisation prévue par une personne, entreprise ou organisme qu’on appelle Organisateur. L’organisateur peut être commercial ou associatif (club de camping-caristes). Très important, il doit avoir une licence d’organisateur de voyage et, si le voyage s’effectue à l’étranger, une licence de Tour Opérateur. Cette licence a pour objet essentiel de garantir aux voyageurs que, sauf exception (suivez mon regard), on les ramènera entiers au jour dit. En échange de cette organisation et de ces garanties (et de quelques prestations complémentaires, comme des repas, des visites, des spectacles…), le voyageur s’acquitte d’une somme d’argent appelée généralement « prix », oui, comme le pain, sauf que la garantie évite justement que le voyageur soit roulé dans la farine. Au passage, quand vous achetez un voyage organisé (quel que soit le moyen de transport), vérfiez bien la licence et la garantie, elles sont obligatoirement référencées sur le bon de commande.

Voici les principales entreprises françaises organisant des voyages en Camping-car (par ordre alphabétique) :

On doit y ajouter les clubs de Camping-caristes déjà cités, pour la plupart groupés au sein de la FFCC (Fédération Française des Campeurs Caravaniers et Camping-caristes). Vous pouvez trouver sur le site de la fédération leur liste et coordonnées ainsi que le catalogue des voyages proposés. Pour participer à un voyage de club, il est imposé par la loi d’être adhérent au club (de l’ordre de 50€), ce qui ne représente qu’une toute partie du coût du voyage et apporte bien d’autres avantages.

Mais la grande particularité d’un VOCC est qu’il se déroule en utilisant comme moyen de transport principal … j’écoute … oui, un camping-car, yen a deux qui suivent ! Ceci entraîne de grosses différences par rapport à ceux qui utilisent le train, l’avion, le vélo ou une paire de chaussures.

Car ce moyen de transport devient aussi le lieu courant pour manger dormir et satisfaire ses besoins naturels (ben oui, aussi !). Ceci sous entend un certain nombre d’opérations restant le plus souvent à la charge du voyageur, comme remplir le frigo, faire la vaisselle, servir l’apéro, préparer le barbecue, retaper le lit, vider la poubelle, ranger ce qui traîne etc … sauf pour DSK qui fait suivre son camping-car par un bus de femmes de ménage.

Et surtout, contrairement aux voyages en avion, train ou autobus, les lêve-tôt bien apprétés ne sont pas plus obligés d’attendre que les couche-tard accourent en boutonnant leurs chemises et ces derniers ne doivent plus renoncer à un petit déjeuner pantagruélique pour se joindre aux anorexiques premiers. Car chacun part (le plus souvent) chaque matin quand il veut et roule à sa vitesse en faisant (ou pas) les arrêts de son choix pour se rendre à l’étape suivante. Non, contrairement à ce que croient (et sans doute même croiVent) beaucoup de gens, une étape de VOCC n’a rien du cirque Pinder dans les années 60, à part quelques lions au volant, mais modérément. Il n’y a donc pas de CONVOI (sauf, paraît-il, avec quelques rares voyagistes professionnels ou associatifs qu’on s’efforcera d’oublier, mais qu’on ne dénoncera pas). C’est dire la LIBERTE que ça donne !!! J’ai écrit « le plus souvent », car il y a quelques exceptions : les passages de frontière hors espace Shengen et les passages de ferrys sont les principales.

Donc une partie du voyage, la route disons, se fait seul (enfin, en général à deux, donc seuls) dans son camping-car, comme on a envie de le faire, exactement comme si on avait décidé du parcours nous-mêmes en se levant (sauf que c’est un peu plus préparé en général). On s’arrête où on veut, on visite ce qu’on veut (sauf parfois, il peut y avoir un rendez-vous en journée pour une visite en groupe, mais c’est rare parce qu’un peu compliqué). On peut aussi rouler avec un ou deux autres camping-cars (plus, c’est une horreur), parce qu’on les aime bien (enfin, leurs occupants), parce qu’ils parlent anglais et pas moi, parce qu’ils ont un bô GPS et pas moi, (du moins, je ne sais pas m’en servir), parce que la dame est décorative ou le monsieur musclé et ça peut servir à amadouer un policier ou dissuader un casse pieds. La nuit aussi se fait seuls, enfin, je veux dire à deux, enfin il paraît, j’en sais rien et après tout celà ne vous regarde pas, non mais !

L’autre partie se fait en groupe. Le groupe, c’est une des clés du voyage. Dans la plupart des voyages, le groupe est constitué aléatoirement au gré des inscriptions de particuliers auprès de l’organisateur. Il n’y a que dans les clubs de camping-caristes que souvent les gens se connaissent. Dans ce dernier cas, la composition du groupe et les liens qui prè-existent sont souvent plus importants dans la décision de faire ce voyage que la destination elle-même, on « part avec … » plutôt que de « partir à … ». Le groupe est donc constitué au départ du voyage autour de l’accompagnateur. Celui-ci peut être un professionnel du tourisme, mais c’est souvent un semi-professionnel ; c’est alors un ex-touriste qui connait parfaitement la destination et a en général plus que participé à sa conception et organisation ; c’est très souvent un couple.

L’accompagnateur gère chaque soir une réunion d’information (en bon français, un briefing) où il expose par le menu la journée du lendemain, ses joies (une merveilleuse cascade), ses peines ( kilomètres de piste pour y arriver), ses contraintes (ça va vous faire un détour d’une bonne heure, mais faut pas y rester plus d’1h sinon vous serez en retard). Cette réunion, annoncée la veille à un horaire impératif (d’où la parenthèse précédente, contrainte) est parfois suivie d’un moment festif généralement appelé « apéro ». Un groupe qui fonctionne bien se reconnaît au fait que 30 minutes (souvent beaucoup plus) après qu’il n’y ait plus rien à boire ni à manger sur la table d’apéro, la majorité du groupe est encore debout en train de papoter de fort bonne humeur (si c’est pour s’engueuler, ça compte pas).

Le groupe est aussi réuni dans les journées de visite (villes ou sites importants) où un bus (le plus souvent) vient emmener tout le monde en visite, souvent avec un guide local. Si la visite dure toute la journée, le repas de midi est en principe organisé et compris dans le prix du voyage. Attention, on retombe là dans le même système que pour les voyages en bus. Sachez que le premier jour où vous monterez dans le premier bus, vous occuperez une place que vous devrez occuper ensuite dans tous les autres bus du voyage ; abordez donc ce premier voyage en jouant des coudes avec le couteau entre les dents, c’est vital, totalement inutile, mais vital, pour votre honneur je veux dire, parce que c’est inutile, dans le bus, tout ce qu’il y a à voir est du côté où vous n’êtes pas assis et de toute façon, le chauffeur n’ayant pas lavé les vitres, les photos que vous auriez pu faire auraient été nulles. Donc autant choisir (si vous pouvez !) les places les plus proches des portes (on sort plus vite, meilleure place pour la photo ou au restaurant), surtout la porte arrière, celles proches de la porte avant sont monopolisées par l’accompagnateur (et madame) qui connait les lieux par coeur mais a son status de leader à défendre.  Bonne  chance.

Mais attention, si l’accompagnateur est fondamental pour le groupe et donc pour chaque voyageur, le groupe est aussi très important … pour le groupe (et accessoirement pour l’accompagnateur, mais ça, c’est son problème, il l’a bien voulu) ! Je le disais plus haut, le groupe est, le plus souvent formé de façon aléatoire et donc, même si certains essaient de faire une sorte de sélection à l’entrée (chuuut, faut pas le dire, tout le monde vous dira que c’est faux !!!), le groupe est soumis à une variable très très aléatoire, celle qu’on va appeler le mouton noir pour rester polis. Le mouton noir, c’est la hantise des accompagnateurs (et des organisateurs), c’est celui qui va tout mettre par terre, le ver dans le fruit, le fil dans la fondue, le termite dans la charpente, bref, la calamité des calamités. Il peut vous mettre un groupe par terre en deux phrases, il peut transformer un agréable voyage en enfer, … surtout s’ils sont deux ! Je ne veux pas dire un couple, la brebis du mouton noir est rarement très blanche, mais deux équipages donc, l’horreur. Le mouton noir, c’est celui qui trouve toujours un défaut et en fait une montagne, celui qui conteste les choix de visite, de stationnement, de restos, celui qui impute à l’organisation tout ce qui va mal ou même qui va bien d’ailleurs, mais pas assez, la pluie, la chaleur, le sable dans le désert, les côtes en montagne, le sel dans la mer, le bruit épuisant en ville, le silence angoissant en campagne, tout, tout, tout. Et sournois avec ça, c’est celui qui écoute les guides locaux en suivant sur son guide papier pour voir quelle question piège il va pouvoir poser pour démontrer que le guide est nul, qui va écouter en douce tout ce qui se dit entre organisateurs pour savoir tous les petits chagements ou adaptation et les transformer en ruptures de contrats. On le repère vite à sa phrase de base (« c’est nul ») avec sa version contractuelle (« c’est pas ce qui était prévu ») et surtout son argument massue (« j’ai payé donc j’ai droit »). Il empêchera les accompagnateurs et organisateurs de dormir, fera parfois très inutilement travailler les tribunaux après (oui, parce qu’il n’est pas souvent très intelligent, donc il est généralement débouté), mais surtout, surtout, il gâchera le voyage aux très nombreux gens sympathiques qui sont embarqués avec lui, ce qui est le fondement essentiel de sa démarche.

Vous qui allez peut-être bientôt faire un VOCC (mais ça existe aussi sur les autres VO), identifiez le rapidement, isolez-le en vous appuyant sur les gentils du groupe (donc presque tous), c’est une question de survie !!! Parce que le groupe, c’est l’essentiel du VOCC, vous oublierez les détails de la cathédrale d’Albi, mais vous vous souviendrez de l’anniversaire de Ginette où on avait tant ri !

Un VOCC, c’est donc un genre d’hybride entre le voyage organisé « normal » (bus, croisière, …) et le voyage en solo. Il combine donc les avantages des deux. Mais aussi les inconvénients bien sûr, je ne vais pas le cacher.

Au nombre des avantages, comme ça vient, sans hiérarchie, et avec, pour à peu près tout, des exceptions sans doute assez exceptionnelles, alors me chipotez pas dans le genre « oui, mais moi ça c’est pas passé comme ça », je vous propose :

  • la garantie de faire un circuit préalablement défini dans un temps défini avec des objectifs de visite définis et pour un budget défini (sauf si vous êtes très généreux sur les souvenirs, les cadeaux et les restos non prévus au programme.
  • votre cerveau n’ayant pas à se poser la question chaque jour de où, comment, combien, etc … est plus disponible pour admirer, déguster, profiter, améliorer.
  • vous pouvez faire la connaissance de gens sympathiques qui ont des goûts communs avec vous et, pourquoi pas, faire des projets de voyage avec eux ou vous revoir hors voyages
  • vous avez pour chaque jour un programme bien calibré pour occuper la journée et pas besoin de chercher votre point de chute pour la nuit ni de se demander s’il y a de la place
  • vous bénéficiez pour les visites de guides francophones qui vous conduisent dans les lieux les plus intéressants
  • vous avez des repas au restaurant généralement bien choisis sans avoir à chercher où vous êtes attendus à l’heure prévue

Mais je n’écris pas ça pour vous raconter des histoires. Il y a aussi des inconvénients :

  • tout a un prix et un tel voyage entraîne un surcoût par rapport à un voyage que vous organisez vous-même ; comptez environ entre 30 et 130€ par jour et par personne selon destination et programme ; à prestations égales, les produits des clubs sont environ 20% moins chers que ceux des professionnels, surtout en raison de l’organisation et accompagnement par des bénévoles. Lisez bien les rubriques « le prix inclut » et « le prix n’inclut pas » avant de vous décider.
  • vous devez partir et revenir à des dates précises en des lieux précis ; il y a toutefois souvent une possibilité de complément libre, car les points de départ et d’arrivée sont souvent assez près de la zone de voyage et on n’obligera pas des Niçois à passer par Paris pour aller visiter l’Italie. Vous pouvez donc avant ou après faire encore pas mal de tourisme près de la région objet du voyage et même souvent y revenir.
  • vous perdez une partie de votre chère liberté. Pas question de rester un jour de plus dans ce lieu magique, ni de zapper cette étape qui ne vous intéresse pas. Une fois embarqué, on suit, même s’il est toujours possible de rester à votre camping-car au lieu de suivre une visite qui ne vous intéresse pas. Vous pouvez même renoncer à la suite du voyage qui ne vous plait pas en signant une décharge à l’organisateur, mais vous devez rentrer chez vous par vos propres moyens et sans pouvoir prétendre à aucun remboursement, sauf dans des cas de force majeure prévus par d’éventuelles assurances.
  • vous devez supporter (partiellement) la vie de groupe, tout le monde n’apprécie pas, et tous les groupes ne sont pas agréables à vivre (voir « mouton noir »), mais ce n’est pas fréquent, la plupart des groupes vivent en bonne harmonie et même avec beaucoup de bonne humeur, c’est bien pour ça que cette activité se développe. Lors des journées de visite en groupe, il n’est pas possible de s’arrêter comme on veut pour mieux voir, faire des emplettes, … mais les organisateurs prévoient le plus souvent des moments libres pour acheter les souvenirs.

Voilà, j’espère avoir fait le tour du sujet, vous pouvez poser des questions ou apporter des compléments en commentaire, j’essaierai de répondre.

Maintenant, je vous prépare un petit voyage, avec plein de photos (ici, c’était pas facile, désolé) ! à bientôt !

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3 commentaires pour VOCC kèskeucé ?

  1. creusoise dit :

    merci pour ce long post plein d’humour sur les VOCC !

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  2. Delavoux patricia dit :

    J’adore vos récits ! Ça me fait rire à chaque fois ! Plein d’humour ! Merci pour ce petit moment de détente en cette période !

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  3. referee72 dit :

    Merci pour votre post bien complet et avec humour….j’avais pleins d’interrogations et à vous lire j’ai toutes les réponses…bravo pour votre franchise

    Aimé par 1 personne

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